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Vraiment durable, revue scientifique interdisciplinaire du développement durable

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Vraiment durable, revue scientifique interdisciplinaire du développement durable

pour penser le développement durable

mercredi 15 février 2012
Posté par David , Cyrille

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A la veille de la Conférence de Rio, et à l’initiative de la présidente fondatrice, Bettina Laville, le Comité 21 et Victoires Editions publient le premier numéro de Vraiment Durable, revue scientifique interdisciplinaire, consacrée à approfondir la notion de développement durable. Après vingt-cinq ans de déclinaisons diverses du développement durable, il a paru fondamental de nourrir intellectuellement cette notion par des approches issues du monde de la philosophie, de la science, de la culture, de la création –autrement dit, de « penser le développement durable ».

La revue se propose d’alimenter une réflexion pour donner au développement durable un contenu véritablement civilisationnel. Chaque numéro (trois par an) est élaboré avec l’appui d’un Comité d’orientation et de rédaction.

Dans ce premier numéro est proposé un dossier phare autour de la thématique «  Penser le développement durable  » ; une rencontre avec le philosophe Dominique Bourg, professeur à l’Institut de politiques territoriales et d’environnement humain de Lausanne ; un entretien avec Daniel Cohn-Bendit, député européen ; un article sur l’histoire du développement durable avec la revue Aménagement et Nature.

 Éditorial

Le développement durable : une pensée, une culture, une civilisation

Bettina Laville Directrice de la rédaction de Vraiment durableSi nous avons, de façon un peu provocante, donné à cette revue le titre de Vraiment durable c’est que nous croyons que la notion de développement durable, après un parcours local et international de plus de vingt ans, doit à la fois être sauvegardée et régénérée pour qu’elle puisse enfin exprimer son contenu civilisationnel.

Sauvegardée, car les auteurs du rapport Brundtland avaient bien identifié les facteurs déterminants d’un avenir viable pour l’humanité du XXIe siècle : la prospérité économique, le bien-être social et la protection de la biosphère. Nul n’a proposé depuis une meilleure communauté d’idéaux reliant l’exigence de liberté et de progrès humain apparue au XVIIIe siècle et les aspirations et conquêtes en matière de bien-être collectif du XIXe siècle avec la vigilance indispensable sur l’utilisation des ressources naturelles, dans un approfondissement éthique de la responsabilité de chacun et de tous.

Régénérée, car le concept de développement durable a connu, après des débuts timides, un engouement médiatique qui l’a transformé en slogan, instrumentalisé, voire détourné. Même si son utilité est incontestable en ce qu’il a permis de sensibiliser les dirigeants et la société civile au caractère précaire des choix faits en matière économique, il peut paraître aujourd’hui « usé » et devoir laisser la place à des notions plus adaptées dans la sphère économique, comme la responsabilité sociale et environnementale (RSE), même si celle-ci témoigne d’une moindre ambition pour l’avenir global de la planète.

Or, dans un monde où les idéologies ont disparu au profit d’une pensée hésitante, souvent unique, le développement durable nous semble un fil dont il faut tirer toutes les incarnations et les interprétations. Car derrière cette notion, se joue la conception que les différentes civilisations mondiales ont de la nature, du progrès, de l’humanisme.

Ou bien le développement durable a, au fil des conférences de Stockholm – où il n’était pas encore conceptualisé –, de Rio, de Johannesburg, de Copenhague, de Durban, acquis le rang d’un concept théorique et opératoire, d’une vraie proposition pour l’avenir, ou bien il doit aider à en forger un, utile pour ce passage si délicat que va devoir franchir l’humanité au XXIe siècle.

Pour ce faire, nous avons décidé d’inviter des intellectuels et des personnalités engagées à s’approprier ce questionnement, qui, au contraire de beaucoup d’autres pays, ne semble pas les mobiliser. La France, pays de culture, n’a jamais surmonté le schisme du XIXe siècle entre la science et la culture, alors qu’elle a « donné » ou accueilli les philosophes et penseurs les plus précurseurs de la réflexion écologique. Faut-il citer Serge Moscovici, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, Jean Chesneaux, André Gorz, Michel Serres ou Edgar Morin ? Mais aujourd’hui, il est très difficile de nourrir un débat intellectuel rationnel sur les questions de durabilité, car s’opposent les pourfendeurs d’une écologie radicale qui, selon eux, confisquerait les libertés, nierait les avancées du progrès scientifique et nourrirait les peurs, et les défenseurs éclairés d’une planète dont les signes d’épuisement seraient reconnus par eux seuls.

Le développement durable a pu être un nouveau socle commun de discussion, en ce qu’il a permis de dépasser les reproches faits, de manière souvent injuste, à beaucoup d’écologistes : préférer une planète déserte à une planète humaine. Cependant, faute d’être conceptualisé et enraciné dans les grandes questions culturelles et philosophiques, il s’est fait happer par la banalisation médiatique.

Pourtant, de très nombreux universitaires approfondissent cette notion et la société civile comme les décideurs s’y réfèrent. Au moment où le développement durable devient presque populaire, il ne faut surtout pas l’abandonner au zapping général et destructeur. Il est riche de cinquante ans de réflexions, d’échanges et de constructions concrètes. Il est porteur d’une interrogation sur le temps, la finitude, l’adaptation des espèces – en particulier la nôtre. Il relaie la grande interrogation philosophique sur la nature et peut fonder un humanisme nouveau pour cette « multitude » que nous sommes désormais. Comme le dit très bien l’un des membres de notre comité de rédaction, Bernard Perret1, le développement durable a besoin d’intelligence écologique et de culture de complexité.

Chaque numéro de la revue, ouverte à toutes les sensibilités et nationalités, comportera un dossier phare lié au développement durable, des entretiens avec des intellectuels, des politiques, des scientifiques et des décideurs économiques, mais aussi un regard historique car, selon nous, le développement « vraiment durable » est une nouvelle Encyclopédie qui doit s’enrichir des expériences les plus diverses.

Que toutes les personnalités et partenaires qui ont bien voulu appuyer de leur nom, de leur soutien, de leur réflexion notre projet soient chaleureusement remerciés pour leur engagement et leur marque de confiance.

Que Gilles Berhault, président du Comité 21 et son équipe, Charles- Henry Dubail, président de Victoire Editions, tous deux codirecteurs de publication, Patricia Aderno, vigilante et passionnée secrétaire de rédaction soient remerciés de m’accompagner dans cette aventure que je conçois comme une petite pierre utile pour surmonter les contradictions et multiples crises que nous traversons.

Bettina Laville [1]
Directrice de la rédaction

Éclairer la route du développement durable

Gilles Berhault Président du Comité 21, codirecteur de publicationLe Comité 21, Comité français pour le développement durable, a initié et accompagne depuis plus de quinze ans les évolutions du développement durable en France. C’est une structure associative totalement indépendante ; 460 organisations en sont les membres engagés. Sa grande originalité, y compris sur le plan international, est de regrouper toutes les parties prenantes du développement durable, structures publiques et privées, pour une collaboration active. Il est organisé en quatre collèges : entreprises, collectivités territoriales, associations, institutions-médias-enseignement.

Le Comité 21 reste convaincu que le développement durable est une part importante de la réponse aux mutations et crises actuelles, qu’il est la grille d’analyse et d’actions du XXIe siècle. Aucune autre démarche ne permet de mettre en cohérence solidarité humaine et conservation de la biosphère, dans un cadre novateur de réflexion et d’action, quand il n’est pas seulement un axe de communication.

Après ces années au service de tous nos membres, mais aussi de l’ensemble de la société, nous devons éclairer intellectuellement notre route. Le monde a engagé une transformation immense ; les transitions sont culturelles autant que technologiques ; nous avons besoin de prendre le temps de l’écoute des apports des sciences humaines. Dans le film Indiana Jones et la dernière croisade, le héros, archéologue et professeur, dit à ses élèves : « Des faits, l’archéologie ce sont des faits ! Si certains cherchent la vérité, il y a un cours de philosophie au fond du couloir. » Le Comité 21 veut aller au fond du couloir !

Chacun, en effet, vit un monde d’accélération permanente et de déséquilibres périlleux. Nous sommes spectateurs, mais nous produisons des messages. Les peurs sont collectives mais les contributions de chacun peuvent devenir des remèdes. Nous sommes sept milliards, susceptibles d’en produire, bientôt beaucoup plus, avec deux milliards de nouveaux urbains dans les trois prochaines décennies, avec une espérance de vie de plus en plus grande et une moyenne d’âge de plus en plus basse.

Les questions qui se posent sont nombreuses tant cette nouvelle approche de l’humanité nous transporte dans un monde du complexe et de l’incertain. Il nous semble donc que l’urgence du développement durable est d’accompagner et de soutenir une réflexion sur la modernité qui ne peut qu’aboutir à la construction d’un humanisme nouveau.

C’est pourquoi le projet de revue de l’une de nos trois fondatrices, Bettina Laville, nous a enthousiasmés. C’est l’opportunité de donner au Comité 21, sur le chemin de ses vingt ans, une feuille de route nouvelle et de proposer à ses membres des outils conceptuels pour affronter les métamorphoses que nous devons, non pas subir, mais assumer pleinement.

Merci à tous ceux qui soutiennent et soutiendront cette revue importante.

Gilles Berhault [2]
Président du Comité 21, codirecteur de publication

 Acheter Vraiment Durable

Edité par Victoires Editions, le numéro 1
(Hiver 2011-2012, ISBN : 978-2-35113-129-9, 160 pages, 25 €)
.

[1] Conseiller d’État, Bettina Laville est aujourd’hui avocate associée spécialiste du développement durable. Elle a été directrice de cabinet de Brice Lalonde, puis conseillère sur les questions d’environnement auprès des deux Premiers ministres, Pierre Bérégovoy et Lionel Jospin, et du président de la République François Mitterrand et, à ce titre, responsable de la préparation des conférences de Rio, Kyoto et Johannesburg. Elle a représenté la France à l’UICN et cofondé le Comité 21. Chargée de plusieurs rapports sur l’environnement et auteur de nombreux articles, elle est coauteur de Villette Amazone (1996), a publié, en 2002, La Machine ronde et a cosigné, en 2010, Développement durable – Aspects stratégiques et opérationnels.

[2] En 2000, Gilles Berhault crée ACIDD, l’Association communication et information pour le développement durable, engagée sur les questions de la communication et du marketing responsables, de la contribution de l’internet et des nouvelles technologies au développement durable et de l’éducation. Il est président du Comité 21. Il est l’auteur de Développement durable 2.0. L’internet peut-il sauver la planète ? (Éditions de l’Aube et Aube Poche). Il pilote l’atelier du think tank Métamorphose numérique de l’InstitutTélécom sur la question de la ville durable, donne des cours et conférences sur les thématiques de la transformation économique, sociale et culturelle. Il préside le comité d’orientation du « Club France RIO+20 ».

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