Google

Economie Humain Planète

Humain > Réseau des acteurs du DD > Liberté

Imaginez un monde dans lequel chacun aurait libre accès à la connaissance...

Wikipedia lance un appel aux dons

vendredi 23 février 2007 Posté par cyrille souche

Imprimer envoyer l'article par mail title=  
La Wikimedia Foundation, Inc. est une organisation sans but lucratif dont l’objectif est de partager une information libre avec chaque personne de par le monde. Leurs projets rassemblent le contenu apporté par des volontaires partout dans le monde, le traite et le rend disponible en ligne en plus de 200 langues. Ces efforts sont financés par la générosité de gens comme vous, qui croient que la connaissance est un pouvoir et qu’elle devrait être libre.

Wikipédia (API [wikipe’dja] ou [vikipe’dja]) est une encyclopédie libre, universelle et multilingue[1] écrite de façon collaborative sur Internet avec la technologie wiki, et cherchant à respecter la « neutralité de point de vue »[2].

- Tous les projets de la Fondation Wikimedia

Sommaire

Introduction

« Wikipédia » est un mot-valise conçu à partir de « Wiki », un type de système de gestion de contenu de site Web qui permet la modification instantanée, libre et collective d’un contenu localisé dans une base de données informatique, et de la racine « pedia » du mot anglais encyclopedia, pour « encyclopédie », dont l’étymon παιδεία (paideia) signifie « éduquer » en grec ancien.

Le fait que Wikipédia soit libre signifie que chacun est libre de recopier l’encyclopédie, de la modifier et de la redistribuer. Ainsi, de nombreuses copies du contenu de Wikipédia sont disponibles sur le Web.[3] Cette notion de contenu libre découle de celle de logiciel libre, formulée avant Wikipédia par la Free Software Foundation. Elle signifie aussi que chacun est libre d’écrire ce qu’il veut dans sa propre copie de l’encyclopédie. En revanche, chaque site qui héberge une copie de Wikipédia a sa propre politique éditoriale ; dans wikipedia.org en particulier, l’édition est soumise à de nombreuses règles.[4] Juridiquement, la liberté de contenu est octroyée par des licences libres, principalement la licence de documentation libre GNU et les licences Creative Commons.[5]

Wikipédia permet à tous les internautes de modifier les articles de l’ouvrage[6] et d’en écrire de nouveaux. Il y a une surveillance constante, mais pas de système de validation par des experts ; aussi l’encyclopédie est-elle l’objet de nombreuses critiques quant à l’exactitude et la vérifiabilité de son contenu[7]. La politique éditoriale de l’ouvrage se fonde sur la notion de « neutralité de point de vue » ; elle vise à exposer les sujets d’une manière indépendante des opinions, vues et préjugés idéologiques, culturels, philosophiques, etc.[2] L’admissibilité d’un article se fonde sur la notoriété du sujet[8] ainsi que sur son « caractère encyclopédique », défini selon plusieurs critères négatifs, comme l’exclusion de recherches non reconnues, de définitions de dictionnaire, de manuels d’utilisation, etc.[9]

Wikipédia est le projet le plus connu de la Fondation Wikimedia, une association internationale qui promeut la connaissance libre. L’encyclopédie Wikipédia fonctionne de concert avec d’autres projets de la fondation : Wikimedia Commons, dépôt d’images, sons et autre contenu multimédia ; le Wiktionnaire, dictionnaire multilingue ; Wikiquote, recueil de citations, etc.

D’après le site Alexa, Wikipédia faisait partie en 2006 des 15 sites les plus visités du World Wide Web.[10] La même année, le nombre d’articles a dépassé les 6 millions, dont plus de 1 600 000 dans Wikipédia en anglais et plus de 440 000 dans Wikipédia en français.

Nature du projet Wikipédia

Objectifs du projet Wikipédia

Les logos des différentes versions de Wikipédia
Les logos des différentes versions de Wikipédia

Comme l’indique la première ligne de sa page d’accueil, Wikipédia a pour slogan : « L’encyclopédie librement distribuable que chacun peut améliorer ». Ce projet est décrit par son cofondateur Jimmy Wales comme « un effort pour créer et distribuer une encyclopédie libre de la meilleure qualité possible à chaque personne sur la terre dans sa langue maternelle »réf. nécessaire. Ainsi, Jimmy Wales proposa comme objectif que Wikipédia puisse atteindre un niveau de qualité au moins équivalent à celui de l’Encyclopædia Britannica.

En revanche, Wikipédia n’a pas pour objectif de présenter des informations inédites. Comme pour les encyclopédies classiques, son ambition se limite à exposer des connaissances déjà établies et reconnues. Les travaux personnels ou originaux n’ont pas leur place dans Wikipédia. Ils seront donc effacés, sans que cela constitue une prise de position sur leur pertinence ou leur caractère erroné.

Caractéristiques de Wikipédia

Le projet Wikipédia vise à être :

  • Encyclopédique, c’est-à-dire à refléter de manière aussi exhaustive que possible l’ensemble du savoir humain. Wikipédia n’est donc pas un dictionnaire, un forum de discussion ou un annuaire Web ; c’est d’ailleurs par une série de critères négatifs[9] que le caractère encyclopédique d’un article est défini.
  • Libre, tous les participants acceptant de placer leurs textes sous la licence de documentation libre GNU (GFDL). Le contenu de Wikipédia est donc modifiable et réutilisable, y compris commercialement, à condition de respecter les conditions précisées par cette licence[5].
  • Gratuit, afin de favoriser l’accès du plus grand nombre à la connaissance.
  • Universel, en traitant tous les domaines de la connaissance, y compris la culture populaireréf. nécessaire.
  • Multilingue[1].
  • Réalisé collaborativement sur Internet, grâce au système des wikis. Un wiki permet la création et la modification des pages d’un site web par tous les visiteurs autorisés. Wikipédia fut la première encyclopédie généraliste à ouvrir, grâce à ce système, l’édition de ses articles à tous les internautes[6]. Son succès a influencé une grande partie de la culture originale liée aux wikis. Les participants à Wikipédia, en appliquant les règles et recommandations adoptées par la communauté, assurent au projet un développement productif et sans heurt[4]. La possibilité pour tous de modifier les articles, qui a suscité l’étonnement dans les débuts de l’encyclopédie, pourrait presque lui faire adopter comme devise la phrase célèbre « Ce n’est pas un bug, c’est une fonctionnalité » (a feature, not a bug)réf. nécessaire.
  • Respectueux de la « neutralité de point de vue », définie par Jimmy Wales comme le fait de « décrire le débat plutôt que d’y participer »[11]. Dans la mesure du possible, toute contribution à Wikipédia doit se garder de prendre parti dans une discussion argumentée. La neutralité de point de vue consiste à présenter les idées et les faits de manière indépendante des préjugés et opinions idéologiques, culturels, religieux, identitaires, philosophiques, etc. de façon à satisfaire aussi bien les détracteurs que les partisans d’un point de vue particulier et à éviter toute polémique. Bien entendu, il est difficile de parvenir dans tous les cas à un accord. Sur Wikipédia, les règles d’écriture visent à convenir aux personnes rationnelles, même si celles-ci ne sont pas toujours du même avis. La politique de neutralité de Wikipédia stipule que l’on doit évoquer toutes les facettes d’une question controversée, et ne jamais en aucune façon déclarer ni insinuer que l’un ou l’autre des points de vue est a priori le bon. La neutralité de point de vue n’implique pas cependant une représentation égalitaire de toutes les opinions. Wikipédia accordera évidemment plus de place aux opinions les plus répandues, notamment chez les spécialistes, et les mieux étayées, qu’à celles de groupes minoritaires. De plus, quand un point de vue est très minoritaire, soutenu par exemple uniquement par des groupes aux tendances idéologiques spécifiques, il sera décrit comme tel.

Par ailleurs, de nombreux autres projets d’encyclopédie existent (ou ont déjà existé) sur Internet. Certains, tels que la Stanford Encyclopedia of Philosophy[12] ou la défunte Nupedia, ont adopté une politique éditoriale traditionnelle, avec par exemple un seul auteur par article. D’autres, tels que Susning[13], et l’Enciclopedia Libre sont, à l’instar de Wikipédia, des wikis dans lesquels les articles sont écrits par de nombreux collaborateurs sans processus formel de révision.

Filiations culturelles

Le C «   inversé   » est le symbole du copyleft, par opposition au copyright.
Le C « inversé » est le symbole du copyleft, par opposition au copyright.

Par ses objectifs et son fonctionnement, le projet Wikipédia s’inscrit dans une série de filiations culturelles :

Fonctionnement de Wikipédia

N'hésitez pas à améliorer ces pages : le slogan non-officiel de Wikipédia.
N’hésitez pas à améliorer ces pages : le slogan non-officiel de Wikipédia.

Ouverture à tous de l’édition

Wikipédia est un système ouvert où tout le monde peut modifier tous les articles (sauf quand une mesure de protection contre les vandales a été appliquée). Contrairement à ce qui se passe dans une organisation fermée, on encourage vivement les participants à ajouter leurs contributions à celles des autres. Ainsi, ils corrigent les erreurs des rédacteurs précédents et travaillent ensemble sur des sujets éventuellement controversés, tout en respectant la neutralité de point de vue.

L’une des hypothèses fondatrices de Wikipédia est que cette accumulation de contributions ne conduit ni au chaos ni à la médiocrité, mais à une amélioration constante de la qualité des articles. Cette progression vers la qualité n’est pas forcément continue, mais tendancielle ; elle n’est pas rapide, mais inscrite dans la durée. Plusieurs années peuvent être nécessaires pour que le travail collaboratif sur un article lui permette d’atteindre à un niveau correct de qualité.

Concrètement, chaque page de Wikipédia comporte un onglet « modifier » sur lequel tout visiteur, même s’il n’est pas inscrit, peut cliquer pour modifier le contenu, par des corrections, des ajouts ou des suppressions. Chacun peut aussi créer de nouvelles pages qui viendront enrichir l’encyclopédie. Pour l’édition des pages, une syntaxe wiki, sorte de langage HTML très simplifié, permet de traiter la mise en page et l’activation de liens.

Contrôle de la qualité des articles

Le vandalisme : un risque inhérent à Wikipédia, mais circonscrit.
Le vandalisme : un risque inhérent à Wikipédia, mais circonscrit.

Comme tout wiki, le logiciel MediaWiki est assorti de multiples fonctionnalités qui facilitent la consultation et la gestion du site. Il est par exemple possible de connaître à tout moment les dernières modifications apportées à l’ensemble du site (nouvelles pages, nouvelles contributions, etc.).

L’historique de toutes les contributions est conservé : versions successives de chaque page, auteurs, dates et motifs des modifications. On peut le consulter en cliquant sur l’onglet « historique ». Il est ainsi possible de comparer les textes de deux versions quelconques d’un article, même non consécutives, et d’y voir surlignés tous les passages modifiés. Ce dispositif de sauvegarde permanent permet de revenir au besoin à une version précédente. Ainsi, même les « vandales » (surnom donné aux personnes qui effacent ou détériorent un article) ne peuvent pas mettre Wikipédia en danger.

Les wikipédiens dûment inscrits peuvent en outre (grâce à l’onglet « Liste de suivi ») suivre l’évolution des pages de leur choix, par exemple celles auxquelles ils ont contribué, et faire preuve de vigilance quant à leur contenu. Ils peuvent ainsi rectifier la situation si des informations erronées sont ajoutées à un article, ou que sa qualité générale baisse (style, orthographe, présentation, clarté, besoin d’une synthèse des données, etc). Ce système de suivi des articles permet également de repérer les actes de vandalisme et, le cas échéant, de rétablir la version précédente du texte.

En cas de désaccord sur le contenu d’un article, un débat argumenté se déroule dans la page de discussion annexée à l’article (sous l’onglet « discussion »). Les pages de discussion font partie intégrante de Wikipédia, et leur lecture peut aider à mieux comprendre les points délicats traités dans un article. Parfois le débat a lieu sur les pages de discussion personnelles des contributeurs ou celles des projets thématiques, voire même, si le débat devient houleux, sur les pages consacrées à la résolution des conflits entre participants.

Contrairement à une opinion assez répandue, il n’y a jamais de vote pour déterminer le contenu d’un article. En principe, le contenu des articles qui portent sur des sujets controversés est établi à la suite de débats raisonnés et argumentés, et non en fonction de l’avis du plus grand nombre. Tant que ce principe sera respecté, Wikipédia ne deviendra pas une « démocratie d’opinion ».

Une des particularités de Wikipédia est d’être fondée sur la méfiance : on encourage en effet les wikipédiens à être vigilants et critiques de la qualité des contributions des autres participants. Cela concerne la détection des actes de vandalisme, mais aussi des contributions médiocres, entachées d’erreurs ou d’imprécisions ou qui ne respecteraient pas les règles de Wikipédia. Cette méfiance peut se traduire également par l’affichage de « bandeaux » (ébauches, désaccord de neutralité, évènement récent, etc.), ou d’un avertissement général d’absence de garantie quant à la validité des informations, ou encore par la remise en cause du classement « articles de qualité ».

Cette vigilance est le prix à payer en contrepartie de l’ouverture à tous de l’édition des articles de Wikipédia.

Participants

Wikipédia est un projet international : assemblée fondatrice de la Wikimédia de Serbie-et-Monténégro, en décembre 2005.

Wikipédia est un projet international : assemblée fondatrice de la Wikimédia de Serbie-et-Monténégro, en décembre 2005.

Wikipédia est éditée quotidiennement par de très nombreux internautes appelés wikipédiens résidant en divers lieux du globe.

Quiconque désire contribuer à Wikipédia peut s’inscrire en créant un nouveau compte, avec nom et mot de passe, mais il n’est pas obligatoire d’être inscrit pour modifier le contenu de l’encyclopédie. Les contributeurs dûment inscrits bénéficient toutefois d’une page personnelle et de fonctionnalités supplémentaires. De fait, la plupart des contributeurs sont inscrits. Wikipédia compte actuellement plusieurs dizaines de milliers de contributeurs pour la partie francophone et presque un million pour la partie anglophone.

Il n’existe pas de « chef » en tant que tel du projet Wikipédia. Pendant treize mois (à compter de janvier 2001), Larry Sanger fut rétribué par Bomis (la société dont Jimmy Wales est le principal actionnaire) pour son travail d’éditeur en chef et d’organisateur en chef de la Wikipédia anglophone. Mais il faut préciser que le travail qu’il avait effectué auparavant pour Nupédia (à compter de mars 2000) fut lui aussi intégré à Wikipédia. Larry Sanger a quitté Wikipédia et Nupédia le 1er mars 2002. Des employés actuels et passés de Bomis participent (ou ont déjà participé) au projet, soit en contribuant à l’encyclopédie (c’est le cas de Tim Shell), soit comme développeurs (comme pour Jason Richey et Toan Vo).

En ce qui concerne la Wikipédia francophone, il n’y a jamais eu d’éditeur en chef et le projet est entièrement géré par des participants volontaires. Pour y collaborer, il suffit de lire la page Aide :Premiers pas et éventuellement (mais cela n’est pas obligatoire) de s’inscrire, c’est-à dire de créer un compte.

Signalons enfin une catégorie très particulière de collaborateurs : les bots (abréviation de robots). Ce sont des agents automatiques ou semi-automatiques qui accomplissent des tâches répétitives et fastidieuses pendant les heures creuses de fréquentation. On leur confie par exemple la création automatique d’articles très structurés (communes, astéroïdes, etc.), la gestion des liens entre les différentes versions linguistiques de Wikipédia (liens interwiki), la correction des fautes courantes d’orthographe ou de typographie, etc.

Administrateurs et droits supplémentaires

Les wikipédiens ne donnent pas d’ordres aux autres wikipédiens. Toutefois certains d’entre eux jouissent de droits supplémentaires : les administrateurs, les stewards, les bureaucrates et les développeurs. Ainsi par exemple, les administrateurs[17] ont la possibilité de :

  • supprimer des pages dont la nature ou le contenu ne correspondent pas aux règles de Wikipédia, après une procédure de vote : voir les pages proposées à la suppression,
  • protéger une page[18], à la suite d’actes répétés de vandalisme, ou quand un désaccord sur le contenu tourne à la guerre d’édition[19] au détriment de l’article. Cette procédure est rarement employée, sauf pour la page d’accueil qui est fréquemment la cible des vandales.
  • bloquer un contributeur reconnu coupable d’avoir posé des actes répétés de vandalisme, ou même l’exclure de façon temporaire ou définitive à la suite d’une décision du Comité d’arbitrage.

Direction

« Wikipedia » est une marque déposée de la Wikimedia Foundation, qui possède aussi les noms de domaine en relation avec Wikipédia, les serveurs Web qui hébergent Wikipédia et le logo de Wikipédia.

Depuis septembre 2006, c’est une française, Florence Nibart-Devouard, qui assure la présidence, à titre bénévole,[20],[21],[22] de la Wikimedia Foundation .

Une encyclopédie anarchiste ?

Puisque son fonctionnement est fondé, non pas sur l’autorité de quelques-uns, mais sur le respect par les wikipédiens des règles de la communauté, Wikipédia est-elle, au sens politique du terme, une encyclopédie anarchiste ? En ce sens, elle illustrerait la célèbre formule de Pierre Joseph Proudhon : « L’anarchie, c’est l’ordre sans le pouvoir » (Les Confessions d’un révolutionnaire).

Marc Foglia (docteur en philosophie et enseignant à Paris-I Sorbonne) estime[23] que l’anarchisme fait partie des courants philosophiques qui influencent Wikipédia. De même, Laure Endrizi, dans une étude[24] de l’Institut national de recherche pédagogique, évoque le thème de l’anarchie dans le comportement des contributeurs. Pour sa part, le professeur et chercheur Guillaume Lecointre voit en Wikipédia « un rêve anarcho-libéral » [25], tandis que le journal Le Monde estime que ce projet est « proche de l’utopie libertaire »[26]

En revanche, la déclaration de politique générale de la Wikipédia anglophone précise que cette encyclopédie n’est pas une expérience anarchiste, contrairement au wiki Anarchopedia. Bien que ce dernier site importe des articles de Wikipédia et reconnaisse sa filiation avec elle, Anarchopedia estime que la structure de pouvoir de Wikipédia est à l’opposé de ses principes d’organisation libertaire.[27]

On peut également établir un parallèle entre la capacité d’auto-organisation de la communauté des wikipédiens et la notion d’autogestion.

Enfin, le fonctionnement de Wikipédia est tout le contraire de l’anarchie, au sens courant de désordre, de confusion causée par le manque d’organisation ou l’absence de lois, de règles et de principes directeurs.

Une encyclopédie démocratique ?

Wikipédia n’est pas une démocratie dans la mesure où il peut arriver que le contenu d’un article ne soit pas représentatif de l’opinion majoritaire des contributeurs. Dans le domaine de la connaissance, la minorité (voire une seule personne) devrait avoir gain de cause contre la majorité si ses arguments et ses raisonnements prouvent qu’elle défend la meilleure approche de la vérité.

En cas de désaccord sur le contenu d’un article, les wikipédiens cherchent à déterminer ce contenu par un débat argumenté et raisonné, afin d’en arriver à un consensus. Il n’y a jamais de vote sur le texte d’un article, car la retranscription des connaissances ne peut pas être le résultat d’un processus démocratique.

La déclaration de politique générale de la Wikipédia anglophone[28] souligne qu’elle ne constitue pas une expérience de système démocratique, ni d’ailleurs d’aucun autre système politique. En revanche, Wikipédia fait abondamment appel à des procédures de vote quand il s’agit de prendre des décisions[29].

Ces décisions concernent notamment :

  • les règles de fonctionnement de la Wikipédia francophone ;
  • la suppression d’articles, si l’on estime qu’ils ne correspondent pas aux règles de Wikipédia ;
  • l’attribution ou le retrait à certains articles de la mention « article de qualité ».

Wikipédia fait également appel au vote pour élire :

  • les wikipédiens qui disposeront de certains droits supplémentaires : les administrateurs, les stewards et les bureaucrates ;
  • les membres du Comité d’arbitrage[30], chargés de la gestion des conflits entre les wikipédiens (mais non de la détermination du contenu des articles) ;
  • les représentants des wikipédiens pour Wikimédia France, qui est une association à but non lucratif de droit français ;
  • une minorité des membres du bureau de la Wikimedia Foundation, l’association sans but lucratif, régie par les lois de l’État de Floride des États-Unis, dont relèvent au niveau mondial les projets Wikipédia, Wiktionary, Wikisource, Wikiquote, Wikilivres, Wikicommons, Wikispecies, Wikinews et anciennement Nupedia.

Financement de Wikipédia

Les serveurs de Wikimédia à Paris (non utilisés actuellement).
Les serveurs de Wikimédia à Paris (non utilisés actuellement).

La gratuité d’accès à l’encyclopédie est l’un des fondements du projet Wikipédia, afin de permettre la diffusion des connaissances chez tous les internautes.

Pour cette raison, le financement de Wikipédia représente un défi, en raison surtout de la forte augmentation de la fréquentation, qui génère des besoins toujours croissants de bande passante, de serveurs et de maintenance. Selon les données et les graphiques d’Alexa, Wikipédia est devenu l’un des sites les plus fréquentés du Web. En décembre 2005, de 0,10 % à 0,15 % des pages consultées par les utilisateurs de la barre d’outils Alexa provenaient de Wikipédia.

La Fondation a rendu public son budget 2005, ainsi que son projet de budget pour le premier trimestre 2006.

La totalité des revenus de la Fondation Wikimédia provient des dons effectués par les utilisateurs et collaborateurs de Wikipédia. Ces dons font suite aux appels lancés par la Fondation Wikimédia quand le besoin s’en fait sentir.

Le 7 avril 2005, la Fondation Wikimédia et la société Yahoo annonçaient le don par cette dernière de 23 serveurs caches afin d’améliorer la capacité d’accueil de Wikipédia et des projets connexes. Ces serveurs, installés en Asie, sont entrés en service le 15 septembre 2005. L’accord passé avec Yahoo stipule que le don n’octroie à cette société aucun droit de propriété sur le contenu de Wikipédia, et que Yahoo ne demande pas à la Fondation Wikimédia de faire de publicité en retour.

Bien que la licence de documentation libre GNU autorise l’exploitation commerciale des documents concernés, le recours à la publicité ne fait partie ni des projets, ni des souhaits, de la Fondation Wikimédia. Une partie importante des wikipédiens serait d’ailleurs réticente ou même opposée à cette idée.

Enfin, la Fondation Wikimédia ne bénéficie d’aucune subvention des pouvoirs publics.

Wikipédia et la régulation collective

Pourquoi Wikipédia ne s’effondre-t-elle pas ?

« Comment un système où l’édition est ouverte à tout le monde peut-il tenir ? », demande le sociologue Julien Levrel[31], avant de répondre : « Des procédures et des règles, seuls moyens de faire vivre un ensemble aussi hétérogène. »

En effet, par son organisation ouverte et en raison de l’absence de détenteurs de l’autorité, Wikipédia peut paraître très fragile, prête à s’effondrer sous les attaques des vandales, à être submergée de contributions non-respectueuses de ses règles, et même désertée par ses membres, las de querelles incessantes.

Qui plus est, Wikipédia subit régulièrement les attaques de vandales qui cherchent à en dégrader le contenu, voire à en effacer les pages. Des individus et des membres de sectes ou de partis politiques, désireux de promouvoir un point de vue particulier ou partisan, tentent périodiquement d’en modifier les pages, à l’encontre du principe de neutralité de point de vue. Sont particulièrment vulnérables sous ce rapport les articles relatifs à la religion et aux événements historiques, de même que certains articles biographiques.

Paradoxalement, Wikipédia peut également être menacée par la forte croissance de son audience. L’arrivée massive de nouveaux contributeurs, pleins de bonne volonté certes, mais peu informés des règles de Wikipédia, ne risque-t-elle pas d’entraîner une régression de la qualité des articles ?

Cependant, Wikipédia ne s’est pas encore effondrée ! Sa stabilité semble résider dans l’adhésion de la communauté des wikipédiens à un ensemble de procédures qui favorisent l’autorégulation, grâce à des dispositifs techniques et des modes opératoires eux-mêmes soumis à la concertation. Les principes de Wikipédia évoqués par le sociologue Julien Levrel sont suffisamment clairs et connus pour que tout nouveau contributeur puisse les assimiler rapidement et les défendre à son tour. Quant aux vandales, ils feront toujours preuve de moins de persévérance que les wikipédiens.

Pourquoi participer à Wikipédia ?

Symbole du travail de fourmi des wikipédiens, Miwiki fut proposée par Oliezekat pour le vote mondial du logo de Wikipédia en septembre 2003. Ce projet est parvenu en finale.
Symbole du travail de fourmi des wikipédiens, Miwiki fut proposée par Oliezekat pour le vote mondial du logo de Wikipédia en septembre 2003. Ce projet est parvenu en finale.

L’écrivain et chroniqueur Pascal Fioretto qualifie les wikipédiens de « mystérieux moines encyclopédistes »[32]. Au premier abord, consacrer du temps à Wikipédia ne paraît pas une activité particulièrement attrayante. Il est nécessaire :

  • d’assimiler un grand nombre de règles de fonctionnement ;
  • de faire preuve d’humilité en acceptant que ses textes soient modifiés par des inconnus ;
  • d’accepter que d’autres puissent avoir une meilleure approche de la vérité, lorsqu’ils le démontrent de façon argumentée ;
  • de respecter des opinions franchement contraires aux siennes sur des sujets controversés, conformément au principe de la neutralité de point de vue ;
  • de consacrer du temps à des tâches ingrates comme la correction des fautes d’orthographe[33], de grammaire, de style, de typographie ou des erreurs de mise en page.

Pourtant, un grand nombre d’internautes se portent volontaires et consacrent beaucoup de temps à l’amélioration de Wikipédia. Il est d’ailleurs intéressant de noter que la plupart de ces wikipédiens œuvrent sous un pseudonyme, sans chercher de reconnaissance (dans la vie réelle) pour le travail accompli pour cette encyclopédie.

Pour expliquer cela, les wikipédiens eux-mêmes avancent un grand nombre de raisons dans leurs discussions. Celles-ci révèlent d’ailleurs la diversité de leurs convictions personnelles sur les plans politique, religieux ou autre. Si une constante pourtant devait se dégager, ce serait sans doute le plaisir de se confronter à la retranscription des connaissances, lié à l’attrait de l’humanisme qui ressort de la démarche propre à Wikipédia.

À ce sujet, Jimbo Wales déclare ceci :

Reporters are always asking me why I’m doing this, why Wikipedians do this ? I think you know why. I can’t speak for everyone, but I can speak for myself. […] And I’m doing this for my own daughter, who I hope will grow up in a world where culture is free, not proprietary, where control of knowledge is in the hands of people everywhere, with basic works they can adopt, modify, and share freely without asking permission from anyone.

Traduction française :

« Les journalistes me demandent toujours pourquoi je fais ça, pourquoi les wikipédiens font ça ? Je pense que vous savez pourquoi. Je ne peux pas parler au nom de tout le monde, mais je peux parler à titre personnel. […] Et je fais ça pour ma fille, qui je l’espère grandira dans un monde où la culture sera gratuite, libre d’accès, où le contrôle de la connaissance sera entre les mains des gens du monde entier, avec des travaux de base qu’ils pourront adopter, modifier, et partager librement sans demander l’autorisation à qui que ce soit. »

Débats de fond récurrents

Wikipédia n’est pas un forum de discussion, mais plusieurs thèmes, concernant la nature des connaissances que devrait contenir Wikipédia, font l’objet de débats de fond récurrents. Faute de solutions définitives, les décisions sont prises au cas par cas.

  • Quantité contre qualité. Lors de sa création, il était indispensable pour la Wikipédia francophone de grossir et d’augmenter le nombre de ses articles pour atteindre une masse critique. Une partie des wikipédiens désapprouvent cette course à la quantité, estimant que l’effort de la communauté devrait plutôt porter sur l’amélioration de la qualité des articles existants. Ils soulignent notamment le faible nombre d’articles catalogués comme articles de qualité et le grand nombre d’ébauches et d’articles qu’il faudrait améliorer. Leurs contradicteurs répondent qu’il serait vain d’essayer d’empêcher les wikipédiens qui le souhaitent de créer de nouveaux articles, et que l’effort continu de la communauté porte aussi bien sur la qualité que sur la quantité.
  • Des faits ou des opinions ? Wikipédia doit établir une distinction nette entre d’une part les faits, et d’autre part les opinions exprimées sur un sujet donné, surtout s’il est controversé. Par exemple, bien que l’évolution des espèces soit considérée dans Wikipédia comme un fait démontré, on trouve néanmoins dans l’encyclopédie un article consacré au créationnisme. Par ailleurs, ce n’est pas le rôle de Wikipédia que de publier des travaux originaux. Ceux-ci devront d’abord recevoir l’approbation générale des spécialistes concernés, selon les procédures habituelles du système scientifique classique, avant de pouvoir figurer dans l’encyclopédie. Il est souffent difficile de distinguer entre un fait et une opinion, surtout lorsque la présentation des connaissances s’appuie sur des arguments d’autorité, ou sur les idées reçues, et ne fournit pas suffisamment de références. Présenter une opinion comme un fait est un cas classique de non-conformité aux règles de Wikipédia.
  • Inclusionnistes contre suppressionistes[34]. Les inclusionnistes(en) sont des wikipédiens qui défendent une conception très large de la nature des articles recevables dans Wikipédia. Ils défendent par exemple le maintien d’articles très courts ou faibles, comptant sur l’effort de la communauté dans la durée pour améliorer progressivement ces textes. Les inclusionnistes se reconnaissent notamment à deux phrases rituelles : « Une pomme est un fruit. » (allusion à l’article sur la pomme, qui se résumait au départ à ces cinq mots, mais qui est devenu très riche par la suite), et « on manque de papier (ou de place sur le disque dur) ? » (allusion à l’absence de contrainte matérielle quant au volume d’information). Les suppressionnistes(en) souhaitent au contraire que les articles créés soient d’emblée d’une bonne tenue et assez complets. Pour cette raison, ils demandent la suppression des articles qui ne répondent pas à ces critères. La liste des pages à supprimer est le lieu où s’affrontent habituellement les partisans de ces deux approches.
  • Pour ou contre le relativisme ? Le principe de neutralité de point de vue conduit une partie des wikipédiens à considérer que le sens et la valeur des croyances et des comportements humains n’ont pas de références absolues. Cette conception n’est pas partagée par ceux qui estiment au contraire que le relativisme moral, par exemple, est inacceptable (et qu’il faut accorder plus de valeur aux droits de l’Homme qu’à la dictature), ou encore que la vérité préexiste à toute théorie scientifique. Ce débat concerne en particulier le statut des connaissances issues de la science et la valeur des pseudosciences. Il oppose d’une part les personnes qui considèrent l’activité scientifique comme un système de croyances, de traditions orales et de pratiques culturelles spécifiques, et d’autre part celles qui considèrent que la science présente une vision du monde plus objective, qui ne peut pas être réduite à un mythe.
  • Des données ou des connaissances ? Il est évident que Wikipédia n’est pas une base de données. Toutefois, un article de qualité doit être étayé par des données précises. Il est souvent difficile de tracer la frontière entre d’une part la simple compilation inutile de données, et d’autre part une liste de données nécessaires à l’ébauche d’un bon article encyclopédique. Ce débat, qui concerne par exemple les listes de communes ou d’astéroïdes, rejoint parfois celui qui oppose les inclusionnistes aux suppressionnistes.
  • Système ouvert ou comité de validation ? Les discussions sur les moyens d’améliorer la qualité de l’encyclopédie conduisent périodiquement certains wikipédiens à remettre en cause le fonctionnement ouvert de Wikipédia, où n’importe qui peut intervenir dans la rédaction des articles. On propose alors de revenir à un mode d’édition plus classique, avec un système de validation avant publication, fondé sur un comité de lecture composé de spécialistes reconnus. Cette opinion reste très minoritaire et ses opposants rappellent l’échec du projet Nupédia, où l’on avait adopté cette procédure. En revanche, on examine l’idée d’un comité de lecture pour renforcer la qualité des articles déjà élaborés. Ainsi, un projet de la Wikipédia anglophone s’est donné pour objectif de former un comité de type « contrôle par les pairs » pour améliorer la qualité des articles de nature scientifique.
  • Quel niveau de notoriété justifie un article ? Sachant que Wikipédia n’est pas un annuaire, à partir de quel niveau de notoriété doit-on accepter un article sur un artiste, une entreprise, un logiciel, un élu, un produit, etc., qui est encore peu connu ?
  • Culture populaire contre culture classique. Wikipédia se démarque des autres encyclopédies par la place importante qu’elle accorde à la culture populaire : bandes dessinées, jeux vidéo, séries télévisées, chanteurs francophones, actrices pornographiques, etc. Une partie des wikipédiens estiment que ces sujets entachent la crédibilité de Wikipédia, et qu’ils ne méritent pas une aussi grande place dans l’encyclopédie, alors même que des pans entiers de la culture classique sont encore peu ou mal représentés. Leurs détracteurs soulignent l’intérêt de la culture populaire et font remarquer qu’il serait de toute façon impossible d’empêcher les wikipédiens qui le souhaitent de traiter de tels sujets.

Critiques à l’égard de Wikipédia

Détail du portail multilingue http://www.wikipedia.org, montrant les plus importantes éditions de Wikipédia.
Détail du portail multilingue http://www.wikipedia.org, montrant les plus importantes éditions de Wikipédia.

Audience et critiques croissantes

Le statut de Wikipédia en tant que source de référence est un sujet de controverse. En effet, l’audience grandissante de Wikipédia a conduit un grand nombre de personnes à formuler des avis critiques sur la fiabilité des informations présentées dans cette encyclopédie. Ces critiques étant récurrentes, une page spéciale de Wikipédia est consacrée aux réponses aux objections les plus fréquentes.

Anonymat des contributeurs

L’anonymat de la majorité des contributeurs est une des principales critiques adressées au principe de fonctionnement de Wikipédia. Ainsi, Guillaume Lecointre, professeur au Muséum national d’histoire naturelle à Paris, écrit[25] à propos de Wikipédia : « L’identification du signataire fait partie de l’information scientifique, puisqu’elle permet de retourner aux sources pour toute vérification et recoupement », et « Il vaut mieux un mauvais texte signé, plutôt qu’un texte moyen non signé. Les ultralibéraux et les « anarchistes » autoproclamés des encyclopédies libres récusent que des intellectuels puissent avoir pour tâche de délivrer gratuitement de la connaissance. Connaissance pour laquelle ils ont un haut degré d’expertise. Cela s’appelle les chercheurs payés par l’État. »

Le manque apparent de responsabilité des auteurs et de références bibliographiques comparé à d’autres encyclopédies, paraît favorisé par l’anonymat de la majorité des contributeurs. À la suite de la découverte sur Wikipédia de l’article le concernant, le journaliste Daniel Schneidermann exprime[35] ainsi sa réaction : « D’abord, ça fait drôle. Ensuite, ça glace un peu. Ça glace, parce que ce texte est anonyme. Je ne sais pas qui a écrit ça. Je ne sais pas qui a choisi, dans les mille actes publics qui composent ma carrière, cette poignée de faits et de mots, plutôt qu’une autre » et « Mais chacune de vos phrases, monsieur (ou madame) le (la) biographe anonyme, en apparence purement informative, est pourtant un éditorial masqué. Chacun de vos choix (longueur, brièveté, ou absence de tel ou tel épisode) est… un choix, justement. Raconter, c’est choisir un récit, parmi mille possibles. »

Absence de filtrage des éditeurs et de comité de validation

L’absence de filtrage des éditeurs en fonction de leurs compétences, et plus généralement de comité de validation[7] garantissant la qualité des articles, est considérée comme portant atteinte à la fiabilité des informations présentées dans Wikipédia, car ces informations ne sont pas soumises à une démarche de validation scientifique, mais sont régulées par le principe de neutralité.

Par exemple, pendant près de 10 mois, un article sur une mystérieuse île nommée Porchesia attira la curiosité de nombreux lecteurs, jusqu’au jour où un administrateur découvrit que l’île en question n’avait jamais existé, et supprima bien sûr ce texte. L’article est toutefois lisible sur le site Answers.com[36].

D’une façon plus générale, l’ouverture à tous du contenu de Wikipédia présente des risques liés à la véracité de ce contenu qui n’est pas systématiquement vérifié, de la distinction classique entre producteurs et consommateurs d’informations, et à l’absence de médiateur entre les deux. Ainsi, le journaliste Daniel Schneidermann questionne[37] à propos des articles de Wikipédia : « Qui donc travaille dans l’ombre à la rédaction des versions définitives ? Quelle autorité supérieure arbitrera ? Mystères. Dans l’impossible rôle d’organe de référence, le successeur du Monde s’appellera peut-être Wikipédia. Mais il n’est pas certain que la démocratie gagne au change. »

L’absence de filtrage a priori et le filtrage non garanti a posteriori induit également le risque de voir des sectes ou des extrémistes utiliser Wikipédia pour faire de la propagande, ou bien des génies autoproclamés diffuser des informations farfelues. Daniel Schneidermann s’inquiète[37] à ce sujet : « Mais cette séduction ne dissipe pas les inquiétudes que suscite l’émergence possible d’un nouvel organe de référence parfaitement anonyme, et donc vulnérable à toutes les manipulations. Qui aura le temps et l’énergie nécessaires pour actualiser, jour après jour, Wikipédia ? Les plus impliqués, les plus militants, les mieux organisés. »

Concernant le risque de voir se propager des informations erronées ou tendancieuses, cette interrogation se pose notamment à l’égard des élèves et des étudiants à la recherche de connaissances sur le Web. Le site Le Café Pédagogique, consacré à l’actualité pédagogique sur Internet, déconseille[38] [39] aux enseignants l’utilisation de Wikipédia après la lecture de l’article consacré au Maréchal Pétain (dans sa version de l’époque). Les termes employés sont les suivants : « Les outils de type Wiki peuvent permettre le travail collaboratif et supporter des démarches pédagogiques de qualité. Il n’en est pas de même pour le Wikipédia français (sic) qui sert trop souvent des intérêts éthiquement inconciliables avec l’École de la République », et « Le problème, c’est que Wikipédia n’est malheureusement plus un outil recommandable pour les enseignants. Le projet, fort sympathique au départ, sert des intérêts qui suscitent des interrogations. […] Tant que la clarté ne sera pas faite sur le fonctionnement de Wikipédia et le ménage dans ses articles, nous déconseillons aux enseignants de l’utiliser avec les élèves ».

Neutralité de point de vue et recherche du consensus

Une conséquence du franco-centrisme : la sur-représentation de la France sur les autres pays, et de Paris et les principales villes du monde dans la wikipédia francophone. Sur cette carte, réalisée le 15 novembre 2005, les carrés sont proportionnels aux nombres de liens vers les articles correspondants (calculé sur les 1000 pages les plus liées).
Une conséquence du franco-centrisme : la sur-représentation de la France sur les autres pays, et de Paris et les principales villes du monde dans la wikipédia francophone. Sur cette carte, réalisée le 15 novembre 2005, les carrés sont proportionnels aux nombres de liens vers les articles correspondants (calculé sur les 1000 pages les plus liées).

La Neutralité de point de vue (« décrire le débat plutôt que d’y participer »[11]) peut être considérée comme une illusion ou un préjugé politique ou culturel. Mais son application incomplète est aussi critiquée. Ainsi, un biais systémique observé de façon récurrente est le caractère trop franco-centré de la Wikipédia francophone.

Pour les sujets polémiques, le principe de neutralité de point de vue conduit à rechercher le consensus des éditeurs après un débat raisonné, plutôt que de l’éviter en employant des arguments d’autorité. Cette démarche risque de viser à atteindre le consensus social plutôt que la vérité, et de favoriser le relativisme[40], quitte à tolérer des discours infondés sur des sujets relevant de la science, ou du prosélytisme pour des sectes par exemple.

Une erreur est de croire que la neutralité est un critère incontournable ou premier de Wikipédia, puisque c’est la pertinence qui est décrite comme telle dans les pages Wikipédia :

« Un autre principe fondateur est qu’un article doit être pertinent, et donc que les points de vue présentés doivent être pertinents. »

Ainsi la pertinence est-elle première par rapport à la neutralité (qui peut même apparaître marginale), c’est-à-dire le savoir des experts, par opposition aux points de vue divers des non-experts :

« Par exemple dans un article d’histoire, c’est l’avis des historiens, à la compétence reconnue sur le sujet qui doit être exposée. La neutralité vient après : lorsque les historiens débattent de certains points, Wikipédia ne doit pas prendre parti pour l’un ou l’autre point. Les avis des associations de victimes, des gouvernements, des partis politiques... n’auront par exemple qu’une pertinence tout à fait marginale dans ce type d’article. »

Vandalisme

Le vandalisme est pratiqué par un grand nombre de personnes qui exploitent la nature ouverte de Wikipédia pour dégrader son contenu, le plus souvent de façon anonyme. Les actes de vandalisme semblent perçus comme un jeu par une partie de leurs auteurs. Ainsi, la journaliste Ariane Massenet a vandalisé l’article consacré à Elvis Presley, en direct lors de l’émission Le Grand Journal sur Canal+, le 17 octobre 2005[41].

Divers

Parmi les nombreuses autres critiques adressées à Wikipédia, les principales sont les suivantes :

  • le projet politique caché derrière Wikipédia, gauchiste ou ultralibéral selon les interlocuteurs,
  • le scepticisme sur la capacité de Wikipédia, vu son fonctionnement fondé sur une régulation collective, à améliorer la qualité des articles, voire la prédiction d’une marche inéluctable vers la médiocrité,
  • un grand nombre d’articles se présentent sous la forme d’une compilation d’informations brutes, sans l’effort de synthèse qui devrait caractériser un texte encyclopédique,
  • le contenu de Wikipédia est étroitement lié aux centres d’intérêt de ses contributeurs, d’où des manques dans le panorama des connaissances,
  • la circularité de l’information. En l’absence de contributeurs compétents sur un sujet, ou par simple facilité, il est courant que des articles de Wikipédia servent de sources à d’autres articles, en particulier lorsqu’un texte a été traduit depuis une autre langue. Ce système favorise la propagation des informations erronées,
  • la suspicion concernant l’influence sur Wikipédia de Jimmy Wales, son co-fondateur. Celui-ci est parfois présenté comme une sorte de gourou, autour duquel se construit un culte de la personnalité, en contradiction avec la régulation collective prônée pour le fonctionnement de Wikipédia. En pratique, Jimmy Wales exerce essentiellement un travail de relations publiques, qui contraste avec l’anonymat des wikipédiens. La nécessité pour la communauté d’avoir un représentant clairement identifié auprès des médias, suscite des débats sur le rôle et les pouvoirs de ce dernier.

Controverses liées à Wikipédia

Larry Sanger

Larry Sanger fut le rédacteur en chef du projet Nupédia, et il est considéré comme le cofondateur de Wikipédia, bien que son rôle précis fasse l’objet d’une controverse avec Jimmy Wales. Il démissionna de ses fonctions au sein de Nupédia et de Wikipédia en mars 2002.

En raison du travail accompli lors de la création de cette encyclopédie, la publication d’un article de Larry Sanger très critique envers Wikipédia a eu un fort retentissement. Dans ce texte paru en décembre 2004, « Why Wikipedia must jettison its anti-elitism »[42] (Pourquoi Wikipédia doit se débarrasser de son anti-élitisme), Larry Sanger développe les objections suivantes :

  • Le manque de crédibilité de Wikipédia, en particulier pour les bibliothécaires, les professeurs, et les universitaires en raison de l’absence d’un système de validation. Cette perception négative couperait Wikipédia d’une participation accrue du milieu universitaire.
  • La présence envahissante de trolls et de personnes désagréables, en lien avec les habitudes agressives prises dans les forums non modérés sur Usenet. La tolérance excessive envers ces comportements asociaux entraînerait une ambiance de travail jugée insupportable par des personnes compétentes et de bonne volonté, qui ont préféré cesser de contribuer à Wikipédia.
  • L’anti-élitisme, ou le manque de respect pour l’expertise. En lien avec les points précédents, les wikipédiens feraient preuve d’irrévérence et d’impolitesse envers les experts reconnus d’un domaine. En cas de controverse avec un contradicteur déraisonnable, les experts n’auraient pas le soutien automatique de la communauté. Ce comportement anti-élitisme expliquerait l’absence de collaboration organisée avec le milieu universitaire pour vérifier le contenu de Wikipédia. Larry Sanger préconise au contraire une attitude plus stricte envers les éléments perturbateurs pour attirer davantage d’experts, une politique de respect de l’expertise, et la validation des articles publiés par des experts.

Larry Sanger continue à développer ces idées dans le cadre du projet Citizendium, lancé le 16 septembre 2006[43][44]. Ce site serait dans un premier temps un simple miroir du contenu de Wikipédia (« a progressive fork » , sous forme de wiki au contenu ouvert et libre. En revanche, les éditeurs devraient répondre à certains critères de compétence, ils ne pourraient pas être anonymes, et leurs modifications devraient être approuvées par des experts. Tout en présentant ce projet comme concurrent et meilleurs que Wikipédia, Larry Sanger souligne que Citizendium ne sera pas une encyclopédie mais un espace de travail expérimental.

Encyclopædia Britannica et Wikipédia

Le magazine scientifique Nature a publié le 15 décembre 2005 un article[45] montrant les résultats d’une étude portant sur 50 articles du domaine scientifique issus de Wikipedia (version anglaise), et les 50 mêmes de l’Encyclopædia Britannica ayant approximativement la même longueur. Tous ces articles ont été soumis à des experts dans leurs domaines pour y révéler des erreurs, approximations ou tout autre défaut. Sur les 50, seuls 42 ont été vraiment traités :

  • Les articles de l’Encyclopædia Britannica comportent 123 erreurs, soit un taux de 2,93 erreurs par article ;
  • Ceux de Wikipédia comportent 162 erreurs, soit un taux de 3,86 erreurs par article.

L’écart n’est donc pas très important avec la vénérable encyclopédie de référence dans le monde anglophone, eu égard au mode de fonctionnement de Wikipédia. Mais il est tout de même important de noter que l’étude n’a touché qu’à des articles scientifiques, donc moins sujets à controverse que certains touchant l’histoire, la politique ou la religion. De plus, 42 articles ne peuvent être représentatifs des plus de 850 000 articles que comptait à l’époque la version anglaise de Wikipédia.

Par ailleurs, l’Encyclopædia Britannica a publié en mars 2006 une réfutation de l’étude publiée par