dimanche 14 décembre 2008
Posté par
David Naulin
Lorsque l’affaire éclate mardi dernier avec un communiqué de Jean-Louis Borloo révèlant un "risque de perte lié à des placements non sécurisés dans des paradis fiscaux", cela fait plus de six mois qu’Eco-Emballage tente de récupérer 20% de sa trésorerie, soit 55 à 60 millions d’euros confiés auprès d’un hedge fund domicilié aux îles Caïmans, dénommé Primores. En l’occurrence, sur deux fonds à risque, PrimFund Opporunity et PrimFund Growth. Inquiet de la crise financière, le conseil d’administration d’Eco-Emballages a donné l’ordre le 21 avril dernier de procéder au "désengagement total des placements non monétaires", c’est-à-dire des fonds à risques. Les choses se corsent début novembre, lorsque Primores informe Eco-Emballages qu’il n’est pas en mesure de restituer les fonds selon le calendrier prévu. Sur son site internet, on peut voir que PrimFund Opportunity a perdu près de 33 % en un an alors que PrimFund Growth dégringole de 22 %, constate Kira Mitrofanoff, rédactrice en chef adjointe à Challenges.
Si certaines positions ont pu être débloquées, d’autres ne l’ont pas été et "au moins 15 millions d’euros ont été perdus" assure Nicolas Garnier, délégué général de l’association Amorce, qui regroupe la quasi totalité des collectivités territoriales à qui ces fonds sont normalement reversés pour la collecte des déchets. "Eco-Emballage est une société sans but lucratif qui place son argent aux Iles Caïmans, grâce à une trésorerie pléthorique alors qu’un tiers des collectivités territoriales ont perdu de l’argent dans la collecte des emballages", dénonce encore Nicolas Garnier. Si Eco-Emballages est une société privée, les fonds gérés émanent de la collectivité, rappelle-t-il. "Chaque consommateur qui paye son pot de yaourt verse 1 centime d’euro au titre de la contribution environnementale à Eco-Emballage, qui le reverse à la collectivité pour la collecte des pots vides", explique M. Garnier.
Née de l’obligation faite aux industriels de financer le recyclage des déchets, la mission d’Eco-Emballages aurait naturellement dû être prise en charge par l’Etat. Emmanuel Levy rappelle qu’elle a atterri entre les mains des industriels comme Danone ou Carrefour. "Les plus gros pourvoyeurs de déchets sont les actionnaires d’Eco-Emballages". Pour le journaliste, "le conflit d’intérêt est patent. Comment Eco-Emballages peut-il dès lors contraindre Danone à réduire les emballages de ses yaourts ?" Il poursuit, "au contraire, il a explosé". "En revanche, l’entreprise a accumulé un trésor de guerre. Près de 300 millions d’euros, neuf mois de collecte de la taxe. C’est cette trésorerie - de l’argent public - que ses dirigeants ont investie dans des placements à grands risques. Leur rendement est en revanche ultralight, contrairement à ce qu’on pourrait attendre de placements de ce type : en 2006, ces 300 millions n’ont rapporté que 9 millions, moins que le Livret A. Où est passée la différence ?" demande Emmanuel Lévy.
Nicolas Garnier réclame "un audit financier indépendant", "la mise sous tutelle par la Caisse des dépôts et consignations des comptes d’Eco-Emballages" et "la mise en place de la future instance de régulation prévue par le Grenelle de l’environnement". Pour Amorce, "au delà du gâchis financier, c’est avant tout l’impunité et le manque de contrôle d’un organisme devenu hégémonique et incontrôlable qui est condamnable". "Cette affaires témoigne, si cela était encore nécessaire, de l’insuffisance de contrôle des éco-organismes", renchérit France Nature Environnement.
L’AFP rappelle que ce n’est pas la première fois qu’un éco-organisme se fait épingler : une enquête confiée en 2004 à l’Inspection générale des affaires sociales avait révélé des fraudes importantes au sein du système de récupération des médicaments Cyclamed, des pharmacies réintégrant des médicaments dans le circuit normal à leur profit.
Le projet de loi Grenelle 1 prévoyait d’ailleurs explicitement de renforcer le contrôle des éco-organismes, en créant une instance de régulation. Mais la disposition "a purement et simplement disparu du projet de loi lorsque celui-ci est passé devant les députés", relève Gaël Virlouvet, repsonsable déchets de FNE. Le ministère de l’Ecologie a assuré que la disposition serait réintroduite lors du passage du texte au Sénat.
"Nous espérons que Jean-Louis Borloo ira au bout de son raisonnement, d’autant que les éco-organismes vont se multiplier", conclut M. Garnier.
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